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Procès Bouachrine : ça commence à sentir le moisi !

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Pendant ce mois de Ramadan, les marocain(e)s vivent sous le suspens d’un feuilleton judiciaire pour le moins surprenant, celui du patron de presse Taoufik Bouachrine accusé de harcèlement sexuel, de viol, de traites d’êtres humains et de proxénétisme. Rien que ça !
Ce procès rappelle ceux menés sous le régime de Feu Hassan II contre des nantis ou de hauts fonctionnaires de l’État pour des faits similaires ou de corruption. Les récits populaires parlent d’une tradition makhzanienne dans des contextes de crise ou de soubresauts politiques où le régime cible certaines personnalités influentes pour donner l’exemple. Une symbolique dont le but et de réaffirmer l’autorité de la monarchie avec des sentences pouvant atteindre la peine de mort comme ce fut le cas dans le procès du commissaire Tabet durant les années 90.
Le contexte du procès Bouachrine est particulièrement intéressant à analyser. D’abord, il intervient au moment où la société marocaine qui proteste contre la cherté de la vie s’est engagée dans une campagne de boycott contre des entreprises nationales appartenant à des personnalités influentes sur la scène politique. Ce qui remet la question du lien entre le politique et l’économique au centre du débat démocratique.
Inutile de rappeler que le boycott économique est une forme de contestation qui représente une menace réelle pour l’économie du pays et ceux qui la contrôlent. D’autant que certaines institutions constitutionnelles (comme le Conseil de la concurrence) créées pour la régulation du marché contre les ententes et autres positions dominantes sont tout simplement gelées par volonté politique.
Il est évident que l’État marocain à travers ses services sécuritaires cherche à affaiblir ce mouvement de boycott et à le circonscrire en étouffant ses relais médiatiques dont le groupe de presse de Mr. Bouachrine fait partie. Une pratique qui rappelle les méthodes utilisées contre le mouvement du 20 février et les procès en cascade contre plusieurs des ses activistes dans différentes régions du pays.
Mais il ne s’agit pas du seul prétexte pour museler le journaliste. Sur le plan médiatique, Mr Bouachrine a accompagné l’expérience du PJD au gouvernement et a publié des éditoriaux gênant pour les adversaires du parti islamiste qu’il s’agisse d’affaires internes ou internationales. Le journaliste n’y est pas allé de main morte en désignant l’affairisme d’hommes politique proches du palais et concurrents directs du PJD.
Selon la défense du journaliste, d’innombrables vices de procédures ont entachés son arrestation et son procès. Ses avocats parlent de falsifications de preuve à charge. En l’occurrence des vidéos qui auraient été truquées mettant en évidence Mr. Bouachrine dans son bureau en compagnie des ses victimes présumées dans des situations sexuelles dégradantes.
A l’heure actuelle, les observateurs du procès sont dans la confusion absolue. En effet, comment peut-on accuser un homme de faits horribles qu’il nie en bloc pendant plusieurs semaines et qui plus est demande une expertise internationale et indépendante sur ces fameuses vidéos ? Qui aurait eu l’audace de fomenter ces preuves à l’aide de logiciels informatiques sophistiqués pour confondre l’accusé ? Pourquoi la justice a subitement ordonnée la comparution forcée des témoins et des victimes présumées pour assister aux séances de projection au moment où une partie de l’opinion publique s’interroge sur la fiabilité des enregistrements? D’autres questions encore restent en suspens.
Dans ce procès, le peuple marocain attend sa justice au tournant. Sera-t-elle capable d’impartialité ou se conduira-t-elle comme à son accoutumée dans les procès à caractère politique pour mener encore plus bas la chute de la liberté de la presse?

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