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Qui est Jamā’at Nuṣrat al-Islām wa-l-Muslimīn, la nouvelle branche active d’AQMI au Sahel ?

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Les leçons apprises par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) après des années d’activité au Sahel ont abouti à la création de Jamā’at Nuṣrat al-Islām wa-l-Muslimīn , ou JNIM. Cet article décrypte JNIM pour faire la lumière sur cette nouvelle alliance et sa relation avec la structure organisationnelle régionale d’AQMI.

Il s’agit d’une nouvelle alliance avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) dans la région du Sahel. Avec ce mouvement, AQMI cherche non seulement à étendre la portée de son influence au Sahel et en Afrique de l’Ouest, mais aussi à établir une base arrière loin de l’Algérie. Dans la production audiovisuelle de ce groupe, le thème du combat est dominant, laissant le terrain idéologique à AQMI. De plus, la création de JNIM permet à AQMI de projeter – de manière propagandiste – des attaques qui seraient impossibles d’envisager actuellement. La présence de djihadistes étrangers dans la région, a considérablement augmenté ces dernières années et la rhétorique utilisée par JNIM dans ses communiqués ainsi que les attentats menés durant sa première année d’existence montrent clairement que l’objectif prioritaire de ce contingent d’étrangers.

Le 2 mars 2017, un certain nombre de publications ont été diffusées sur des comptes Telegram liés à al-Qaïda, informant d’une annonce imminente. «Une bannière, un groupe, un Emir». Un slogan séduisant, précède une image percutante: cinq des leaders terroristes les plus recherchés de toute la région sahélo-sahélienne se trouvaient dans la même pièce pour annoncer la création d’un une nouvelle coalition djihadiste fidèle à Al-Qaïda, Jamā’at Nuṣrat al-Islām wa-l-Muslimīn, (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM pour ses initiales arabes). Vêtus de manière identique, dans un décor dépouillé de presque tous les objets susceptibles de détourner l’attention – un ordinateur et un drapeau – leur image et leur message projettent l’idée centrale de l’unité, un message qui imprègne la production médiatique du groupe à tous les niveaux. Considérant les caractéristiques sociodémographiques de la région, la composition de ce haut commandement est significative dans la mesure où elle tente de transmettre un message d’intégration, de pluralité et d’égalité au sein de la communauté des fidèles, et souligne l’importance de la diversité ethnique parmi les dirigeants du groupe.

Le commandement

De gauche à droite de la vidéo originale on aperçoit:

  • Amadou Diallo (alias Amadou Koufa), un Fulani originaire de Mopti, leader du Front de Libération de Macina, un groupe majoritairement Fulani composé principalement d’anciens militants de MUJAO et affilié à Anṣār ad-Dīn .
  • Djamel Okacha (alias Yahya Abu al-Hummam), un Arabe algérien ayant près de 20 ans d’expérience dans le jihad, principalement en Algérie, en Mauritanie et au Mali, et nommé Emir de la Région saharienne d’AQMI en 2012, après avoir été commandant du Katībatu-l -Furqān .
  • Iyadh Ag Ghali (alias Abu-l-Fadhel), un Touareg de la tribu des Ifoghas, dirigeant d’Anṣār ad-Dīn et Emir de JNIM depuis sa création.
  • Muhammad Ould Nouini (alias Hassan al-Ansari), un Arabe de Tilemsi au Mali, co-fondateur d’ al-Murābiṭūn avec Mokhtar Belmokhtar et bras droit de ce dernier jusqu’à sa mort le 14 février 2018.
  • Abderrahman al-Sanhaji (alias Abderrahman al-Maghrebi), un Marocain d’origine berbère et cadi de la région du Sahara d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Contrairement à AQMI – qui est à ce jour un groupe composé principalement de Maghrébins, dont les Algériens occupent les postes les plus importants -, JNIM tente de se démarquer des contextes tribaux existants dans les zones géographiques dans lesquelles elle opère. Néanmoins, la nouvelle alliance encourage non seulement la présence de Fulanis, de Touaregs, de Bambaras, d’Arabes sahéliens et maghrébins, de muhājirūn , etc., mais souligne également le caractère égal et homogène de ses ennemis (les forces armées maliennes, le gouvernement mauritanien, la France et ses politiques néocolonialistes …), établissant ainsi un fil narratif à travers des comparaisons constantes «nous contre eux», traitant tous ces ennemis de racistes, d’usurpateurs, d’ennemis des musulmans et, finalement, les déshumanisant, comme c’est souvent le cas dans la propagande djihadiste.

JNIM, un projet AQMI pour le Sahel

Les grands espaces désertiques , la porosité des frontières et la faiblesses des États du Sahara sont autant d’éléments qui ont alimenté les ambitions d’AQMI pour un projet au Sahel.  La ceinture sahélienne a fait de cette zone d’instabilité une zone d’attraction pour l’implantation d’AQMI. Pleinement conscient des difficultés rencontrées sur le front algérien et des limites posées par le scénario de l’Afrique du Nord (au moins jusqu’au début des printemps arabe) mais en démontrant sa capacité d’adaptation en 2008, peu de temps après avoir juré fidélité à Al-Qaïda, AQMI a établi l’une de ses brigades les plus importantes dans la région du Sahel, la Katība Ṭāriq ibn Ziyād .

Les  «lettres de Tombouctou» (découvertes par Associated Press après l’intervention française qui a mis fin au projet de construction d’une forme d’État islamique dans le nord du pays entre 2012 et 2013) révèlent les discordances qui existaient déjà au sein de l’organisation sur la gestion du projet sahélien. La correspondance originale adressée par shūrā (le conseil consultatif) d’AQMI à Belmokhtar leur affilié au Mali, réprimande ce dernier pour son indiscipline. Le haut commandement d’AQMI déclarait que «le grand nombre d’organisations (djihadistes) est le résultat sain d’une décision correcte qui continuera à porter ses fruits ; ne pense pas qu’une région aussi vaste que la France et la Belgique réunies soit trop petite pour quatre ou cinq organisations djihadistes: il y a de la place pour celles-ci et plus encore ».

A partir des mêmes documents on peut supposer que Belmokhtar a préféré une structure plus autonome et décentralisée qui court-circuite la ligne de communication avec les dirigeants de l’organisation, sans avoir à passer par la branche régionale d’Al-Qaïda au Sahel. En fait, à plusieurs reprises, il a évité le shūrā d’AQMI pour communiquer directement avec Al-Qaïda Centrale pour expliquer qu’ «ils donnent des ordres (sur la façon d’agir) dans une région qu’ils ne connaissent pas et  dans laquelle aucun d’eux n’a vécu ». Iyad Ag Ghali, dans une interview plus récente publiée dans le magazine al-Masrā, confirme que la nouvelle alliance a mis fin à une longue période de différends entre une bonne partie de djihadistes de la région quand il a affirmé que «l’union (de ces groupes) ne s’est pas produit plus tôt en raison de problèmes particuliers et d’autres circonstances », soulignant que, « la tolérance et le dialogue ont rendu possible le retour d’ al-Murābiṭūn au réseau Al-Qaïda ».

Avec une connaissance approfondie du terrain et des années d’activité dans la région, Belmokhtar défendait en 2012 l’idée d’établir une nouvelle branche d’Al-Qaïda au Sahel suivant le modèle d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA ), qui elle-même a fini par constituer une branche autonome d’Al-Qaïda au Yémen en 2009 après avoir abandonné son projet sévèrement affaibli par l’Arabie Saoudite. Néanmoins, Abdelmalek Drukdel, l’émir d’AQMI, après avoir contrôler le nord du Mali, sembla avoir modifié ses plans et était maintenant plus enclin à lancer un projet basé sur le modèle d’al-Qaïda du Land of  Two Rivers (État islamique d’Irak, à la mi-2006) en fusionnant les différents groupes sympathisants d’Al-Qaïda dans la région. Maintenant, en analysant les événements avec un certain recul, il semble que la stratégie qui a finalement aboutit était une combinaison des deux.

Bien que JNIM ait juré fidélité à l’Emir d’AQMI en réaffirmant son serment d’allégeance à Ayman al-Zawahiri et au mollah Haibatullah, l’actuel chef de l’émirat islamique d’Afghanistan, le projet JNIM a commencé comme une organisation dépendante d’AQMI mais avec une indépendance suffisante pour s’auto-gérer . JNIM a un leader local, mais beaucoup de ses membres sont proches du commandement régionale et apprécient leur émir. La plupart des militants du JNIM sont originaires des régions où ils opèrent, principalement des maliens mais aussi des maghrébins. Tout cela, semble bien réfléchi: d’une part, garder la nouvelle organisation sur la bonne voie et éviter de reproduire les erreurs de l’État islamique; et, d’autre part, assurer une éventuelle base arrière au cas où le commandement d’AQMI, traqué en Algérie, serait contraint de déplacer sa base d’opérations. La branche maghrébine d’al-Qaïda a langui un certain temps sans entreprendre d’attaques de grande envergure en Algérie. Les forces armées et les services de sécurité algériens ont réduit les capacités d’AQMI à un niveau historique.

En tout état de cause, les désaccords sur le projet n’ont pas complètement disparu. Dans une interview avec le magazine Inspire en août 2017, Drukdel a affirmé que «le front algérien (le siège historique du commandement d’AQMI) est bloqué et souffre de l’absence presque totale d’individus prêts à soutenir la cause, tant au niveau national qu’international. Pendant ce temps, d’autres fronts en Tunisie, en Libye, au Sahel et au Sahara connaissent un éveil djihadiste sans précédent ». Néanmoins, bien que la nouvelle organisation ait renouvelé son serment d’allégeance à Drukdel dans son communiqué fondateur, l’Emir d’AQMI semble avoir voulu éviter toute mention de la nouvelle coalition au cours de cette longue interview de 17 pages. Pour cause, des incohérences dans les divers messages de félicitations envoyés après la création de la nouvelle entité. JNIM se présente comme «l’union de trois groupes djihadistes au Mali: Anṣār ad-Dīn , al-Murābiṭūn et la branche saharienne d’AQMI», tandis que Drukdel, dans une vidéo d’AQMI envoyée après la création de JNIM, mentionne l’union de quatre factions djihadistes au Sahel et au Sahara. Al-Qaïda Central, pour sa part, a félicité directement Abdelmalek Drukdel pour l’union de «nos frères des différents groupes djihadistes au Mali», le félicitant pour le rôle qu’il a joué dans la fusion des différents groupes.

Mis à part la vidéo de félicitations mentionnée ci-dessus,  depuis sa création AQMI n’a jamais fait mention de ses activités dans le Sahel à travers JNIM. D’autre part, Ayman al-Zawahiri a mentionné plusieurs fois le Sahel dans ses discours; il a même consacré une vidéo au retour de la France dans la région, encourageant les peuples du Maghreb et du Sahel à se soulever contre l’envahisseur. En outre, dans  plus de 10 vidéos officielles diffusées au cours de sa première année d’existence, JNIM fait à peine référence aux principaux dirigeants d’AQMI, à l’exception d’Abu-l-Hassan Rashid al-Bulaydi et d’Abdelhamid Abu Zayd; tandis que d’autres figures du jihad international sans lien direct avec la cause sahélienne sont cités, comme Uthman Dukov, Abou Basir al-Wuhayshi, Abu-l-Bara’a al-Samrawi et Omar Ould Hamaha, entre autres.

Le rôle de Belmokhtar au sein de l’organisation est également inconnu. Il était présent, par l’intermédiaire de son bras droit, dans le communiqué fondateur alors qu’il s’agit d’un personnage clé qui a aidé à comprendre comment le salafisme jihadiste s’est enraciné dans le sud du Sahara et dans le nord du Sahel. Pourtant, on ne sait presque rien de lui, y compris ses fonctions actuelles dans la nouvelle alliance. D’un autre côté, il ne semble pas apprécier les contraintes hiérarchiques de l’organisation, et ses désaccords avec le haut commandement d’AQMI sont connus:  création de Katība Ṭāriq ibn Ziyād, rupture avec AQMI et création d’ al-Mulathamūn , fusion avec MUJAO pour créer al-Murābiṭūn , retour au réseau AQMI, réalisation d’opérations sans le consentement du commandement d’AQMI… mais son statut actuel et son rôle dans JNIM (s’il en a) sont inconnus.

La propagande de JNIM

AQMI utilise al-Andalus Media comme principal organe de diffusion de la propagande, et a fourni à JNIM sa propre marque médiatique, az-Zallāqa. Le sens a un lien avec l’Espagne: le terme fait référence aux troupes almoravides d’Ibn Tashufin qui ont vaincu l’armée chrétienne d’Alfonso VI lors de la bataille de Sagrajas (province de Badajoz, Espagne) en 1086. De même que AQMI a nommé son aile médiatique al-Andalus Media pour rappeler aux musulmans en général et aux habitants du Maghreb islamique en particulier que leur histoire est étroitement liée à celle d’al Andalus, et que leur devoir est de « mener le djihad jusqu’à ce que la dernière terre islamique illégitimement usurpées soit récupéré, JNIM est profondément convaincu de reconquérir la péninsule ibérique. On s’aperçoit du transfert de connaissances techniques entre AQMI et sa nouvelle faction sahélienne dans les productions audiovisuelles . C’est une évidence depuis les premières vidéos publiées par az-Zallāqa : les en-têtes, les effets qui introduisent et conclut les vidéos et les caractères utilisés par les deux groupes sont très similaires.

En effet, en limitant l’analyse aux seules vidéos d’AQMI consacrées au Sahara, les similitudes sont telles qu’on peut conclure qu’il s’agit de la même équipe qui produit les vidéos. En comparant les vidéos JNIM les plus récentes, comme ‘ ردع الطغاة 1 و 2 , avec les dernières vidéos produites par la faction saharienne d’AQMI, comme ‘ من عمق الصحراء 1 و 2 ‘, on s’aperçoit qu’il y a une grande similitude, à la fois dans les arguments présentés et dans la séquence du récit : images de camps d’entraînement, démonstrations de force militaire, planification d’opérations terroristes, prises de vues identiques, élégies aux  martyrs . Les éléments techniques employés (utilisation de drones, de caméras et de paysages) sont également presque identiques entre les deux groupes de productions.

Une analyse des productions audiovisuelles officielles de JNIM entre le 2 janvier 2017 et le 31 mars 2018 révèle que quatre thématiques sont décrites: guerre / djihad, victimisation et déshumanisation de l’ennemi, aqīda et minhaj et manipulation des otages. Sur 13 documents analysés, sept étaient consacrés à des sujets guerriers et le fil de leurs récits était centré sur des opérations terroristes réussies, des appels au soulèvement armé contre l’envahisseur français ou contre les gouvernements apostats, la glorification du martyre, etc. Les mêmes thèmes qu’Al-Qaïda et ses organisations satellites utilisent. Toutefois, JNIM tente de se différencier des autres groupes djihadistes de la région en évitant d’inclure les scènes de brutalité, de torture, de décapitations et d’autres aberrations souvent présentes dans les communications des groupes dans l’orbite de l’État islamiste. Dans une interview d’Iyad Ag Ghali , l’émir de JNIM a clarifié la politique militaire de l’organisation: «s’étendre géographiquement le plus possible, saper notre ennemi en l’attaquant où qu’il se trouve, inciter les gens à faire de même, en les protégeant, et en obtenant le soutien populaire ».

Au cours de sa première année d’existence, JNIM n’a consacré que deux vidéos à des questions idéologiques. Pourtant, la première production audiovisuelle du groupe établit clairement que ses priorités sont de poursuivre «le jihad au nom d’Allah, en commençant par l’engagement des fidèles aux principes de ahl as-sunna wa-l-jamā’a , en particulier en ce qui concerne l’application du takfīr et l’abandon de la voie de l’innovation  et de l’extrémisme». Par ailleurs, dans un document entièrement consacré aux élections au Mali, Abderrahman al-Sanhaji a développé le concept de monothéisme ( tawḥīd al-ūlūhiya ), condamnant les élections dans les termes suivants: «La démocratie est en soi une religion, une religion contraire à l’Islam, et le parlement est une shura polythéiste ».

D’un autre côté, le concept d’unité est une idée qui imprègne toute la production audiovisuelle de JNIM; l’ aḥādīth bien connu – « Il y a la miséricorde dans l’unité et la punition dans la division» et «La main d’Allah est avec la jamā’a» sont répétés dans de nombreux documents, non seulement pour souligner l’importance des progrès réalisés mais aussi laisser la porte ouverte aux autres factions pour s’unir dans le futur comme le groupe d’Abu Walid As-Sahrawi, qui s’est séparé d’ al-Murābiṭūn en 2015 et qui a prêté allégeance à l’État islamique. De même, bien qu’une seule des vidéos soit principalement consacrée à ce sujet, la déshumanisation et la diabolisation de l’ennemi est un sous-thème récurrent. L’Occident en général et la France en particulier est la cible de la plupart des menaces. Les gouvernements de la région – notamment au Mali – et la zone militaire FCG5S, sont aussi des cibles récurrentes dans les productions audiovisuelles du groupe.

En ce qui concerne le G5-Sahel et sa force conjointe, sa présence dans le discours de JNIM s’est développée bien que, étonnamment, la force n’ait commencé à attirer l’attention du groupe que fin 2017. Le G5-Sahel est qualifié de  « projet mort-né pour laquelle la France a dû demander à l’ONU, aux États-Unis et aux pays du Golfe de couvrir, sans succès, les 450 millions d’euros de son budget ». Les références au G5-Sahel ont augmenté en fréquence alors que les références à la MINUSMA ont légèrement diminué.

Traiter avec des otages est également un thème récurrent dans les productions audiovisuelles de JNIM: trois vidéos entières traitent de la question. Les enlèvements sont une caractéristique d’AQMI qui en ont fait la branche économiquement la plus prospère d’Al-Qaïda en 2012. Entre 2003 et 2011 AQMI (connu sous le nom de Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat jusqu’en 2006) a kidnappé 57 personnes. Le groupe compte actuellement cinq otages de différentes nationalités (roumaine, colombienne, française, australienne et suisse) et, en plus d’une rançon exigeante, il utilise ce type de production pour intimider l’Occident afin de dissuader tout projet d’investissement privé ou de coopération dans la région. Selon les termes de l’un des narrateurs de la vidéo, «beaucoup ne comprennent pas pourquoi les moudjahidin prennent des civils en otage; Nous, en tant que musulmans, devons être guidés par la charia et non par les lois internationales créées par les apostats » soutenant ses actions par le verset coranique:  » quand vous êtes en guerre avec les impies, passez-les au fil de l’épée jusqu’à leur reddition. Enchaînez alors les prisonniers que vous pourrez ensuite libérer gracieusement ou contre rançon quand la guerre aura pris fin. Tel est l’ordre de Dieu qui, s’Il voulait, les réduirait Lui-même à l’impuissance, mais Il tient à vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués pour la Cause de Dieu, Il ne rendra jamais vaines leurs actions».

Pour donner plus de légitimité à leurs arguments et ancrer leur récit dans une sorte de justice rétributive, la même vidéo comprend des citations du théologien Ibn Taymiyya et des images de prisonniers à Guantánamo. De la même manière, au cas où il resterait le moindre doute, ils utilisent aussi un extrait d’un discours d’al-Zawahiri (inspiré par une citation d’Oussama ben Laden) qui montre clairement que la tendance actuelle à kidnapper les Occidentaux ne changera pas : « la sécurité est un bien commun; quand nous serons en sécurité, vous le serez aussi mais si nous ne vivons pas en paix, vous non plus. Si vous nous attaquez et nous tuez, nous vous attaquerons et vous tuerons aussi; c’est une équation correcte».

Une comparaison des productions audiovisuelles d’AQMI et de JNIM depuis la création de ce dernier révèle la complémentarité des récits dans les productions des deux groupes. JNIM se concentre sur des contenus guerrier, tandis qu’AQMI continue d’accorder plus d’importance à l’idéologie. Cependant, en mettant de côté les documents audiovisuels publiés par AQMI qui sont une série de conférences sur la jurisprudence islamique basée sur Bulūgh al-Marām et présentées par Abu-l-Hassan Rashid al-Bulaydi (décédé en 2015 ), AQMI n’a diffusé que six documents audiovisuels originaux, la moitié du volume diffusé en 2016.

Il est essentiel que le mouvement djihadiste génère un grand nombre de publications; une réduction du taux de publication, associée à la similarité croissante des deux groupes, semble suggérer que pour le moment AQMI et JNIM partagent des ressources médiatiques communes. Les contraintes sur le terrain qui restreignent la possibilité de mener des opérations terroristes au Maghreb – en grande partie à cause de l’action des forces de sécurité algérienne et tunisienne – et la restructuration des groupes libyens après des désertions importantes en 2015, mettent toute la pression sur JNIM pour maintenir un certain niveau de violence. Il va sans dire que si les groupes composant la nouvelle alliance coopèrent entre eux depuis au moins 2012, le projet JNIM n’a qu’un an et son rôle au sein d’AQMI continuera à évoluer, s’adaptant aux circonstances dans le futur.

Conclusion

Assiégé en Algérie, AQMI a réussi à reformuler sa stratégie pour mettre fin aux désaccords du passé. Dans un contexte où l’État islamique perd de son attrait, AQMI a su se positionner parfaitement pour intégrer les groupes désenchantés après l’effondrement du califat et les intégrer dans sa structure.

En outre, l’existence de JNMI aide à atténuer en quelque sorte le déclin de la puissance militaire du commandement d’al-Qaïda en Afrique du Nord. Au cours de sa première année d’existence, la production médiatique des deux groupes (AQMI et JNIM) a été complémentaire et cohérente: un produit complet qui évite de révéler au grand jour les échecs d’AQMI.

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