DEMOCRATIE

« Le procès du siècle » : 100 jours de prison pour Taoufik Bouachrine.

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100 jours se sont écoulés depuis l’incarcération de Taoufik Bouachrine (49 ans), fondateur du journal « AkhbarAlYoum » connu pour sa ligne éditoriale critique vis-à-vis du système politique au Maroc.

Poursuivi pour de lourdes accusations à caractère sexuel,l’arrestation du journaliste a divisé le milieu médiatique marocain entre ceux qui croient à des représailles visant à détruire sa plume « gênante » et ceux qui pensent que Bouachrine est tombé dans le piège des plaisirs sexuels pour assouvir ses  besoins « déviants » comme le déclarent les avocats des plaignantes.

Au moment de la publication de l’accusation par le parquet, un avocat de la défense a qualité cette affaire de « procès du siècle ».

L’histoire a commencé lorsque la police a investi le siège du journal « Akhbar Al Youm » à Casablanca le 23 février dernier pour arrêter son directeur et le conduire au siège de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) puis en prison. Bouachrine est accusé de crimes dont les sanctions peuvent atteindre 20 années de réclusion : viol, tentative de viol, traite des êtres humains, abus de pouvoir en vue de l’exploitation sexuelle.

Dès le départ, l’arrestation de Bouachrine a suscité une large polémique dans les médias et chez les défenseurs des droits de l’homme au Maroc, dans la mesure où certains restent dubitatifs face aux accusations, faisant le lien entre ces accusations et les éditoriaux virulents du journaliste qui a transformé son journal en une tribune pour critiquer la méthode de gouvernance au Maroc et les personnalités proches du sérail royal.

D’un autre côté, les parties qui ont choisi d’attaquer Bouachrine considèrent que les accusations portées contre lui sont réelles et que son incarcération est la résultat des plaintes déposées contre lui par un groupe de femmes déclarant avoir été victime d’agressions sexuelles de la part du journaliste le plus populaire du pays… Mais ce qui a rendu le procès encore plus polémique, c’est la saisie de “vidéos à caractère sexuel” que le journaliste aurait filmé sans que ses victimes ne s’en aperçoivent.

Un combat pour la survie

Après l’écoulement d’environ deux mois de son incarcération, le journaliste Younes Meskine, membre du comité de rédaction du journal est devenu Directeur de publication de « Akhbar Al Youm » sans que l’ombre d’une  éclaircie n’apparaisse dans  ette affaire.

Akhbar Al Youm a été créé en 2009 à une époque caractérisée par le développement de la presse marocaine et l’apparition  de journaux indépendants et audacieux comme « Le journal », « Tel quel » et  « Nichane ». A l’époque, la création d’Akhbar Al Youm a apporté une réelle valeur ajoutée au champ médiatique marocain dans la mesure où le journal a adopté une ligne éditoriale critique depuis son premier numéro et a continué à consacrer des dossiers sur le Roi, la monarchie, le système politique, les années de règne de feu le Roi Hasan II,  et à faire la lumière sur « les années de plomb » et les grands problèmes du pays.

La ligne éditoriale adoptée par le journal va conduire à sa fermeture six mois à peine après son inauguration dans une affaire qui a créé l’événement en 2009 opposant Taoufik Bouachrine  et le Prine Moulay Ismail Alaoui, le cousin du Roi Mohammed VI.

L’histoire remonte au mois de septembre 2009, lorsque le journal a publié une caricature illustrant le cousin du Roi sur une « ammaria » à l’occasion de son mariage. Les autorités décident alors de fermer le journal sous prétexte que le dessin publié constituait « une atteinte grave au respect du à un membre de la famille royale » et « une atteinte au drapeau national ».

Après avoir décidé de poursuivre le journal en demandant une réparation s’élevant à 3 millions de dirhams, le Prince abandonnera sa poursuite contre le directeur de publication et le dessinateur suite à la publication par Bouachrine d’une lettre officielle d’excuse dans laquelle il affirme l’absence de toute volonté de nuire à la personne du Prince en tant que membre de la famille royale et au drapeau national qui représente le symbole de la nation.

Ceux qui s’attendaient à un fléchissement de la ligne éditoriale du journal après sa reprise ont eu tort. Akhbar Al Youm a continué sur la même voie et à traiter les sujets les plus gênants pour les autorités comme la domination royale sur la scène politique et la critique de personnalités connues pour leur proximité des sphères de pouvoir.

Lors du déclenchement des protestations en Tunisie en 2011, le journal de Bouachrine était le seul au Maroc à couvrir l’actualité au pays du Jasmin en consacrant ses premières pages aux dernières évolutions que connaissait la Tunisie.

Lorsque les événements ont changé d’intensité et que les manifestations se sont transformé en révolution, Akhbar Al Youm s’est transformé en Journal porte-voix de la révolution tunisienne et du Printemps arabe.

Coupable ou innocent ?

Pour la plupart des observateurs, l’affaire Bouachrine est imprécise ce qui explique l’hésitation des gens à adopter une position tranchée sur la question.

Après 100 jours de l’arrestation du journaliste, le tribunal a décidé de projeter les vidéos à caractère sexuel que les avocats des plaignantes considèrent comme des preuves irréfutables prouvant que le journaliste exploitait effectivement ses employées dans les locaux de son entreprise médiatique.

Les avocats des victimes présumées n’ont pas hésité à déclarer que Bouachrine était « un détraqué sexuel qui exerce des pratiques sexuelles déviantes sur ses victimes en portant gravement atteinte à leur dignité humaine ».

En attendant le prononcé du jugement, ce dont on peut être sur c’est que l’expérience du journaliste Taoufik Bouachrine au Maroc est finie. Coupable ou innocent, l’absence de ses éditoriaux et son style corrosif dans l’écriture est une grande perte pour le milieu médiatique marocain qui vient de perdre le dernier journaliste professionnel et indépendant de la dernière décennie.

 

 

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1 réponse »

  1. Seuls les faits comptent dans ce cas précis.Les faits sont têtus disait le penseur.Ce n’est pas parce que « son style est corrosif » qu’il doit être au dessus de la loi.Les victimes plaignantes ou pas doivent obtenir justice ,considération et soins psychiatriques.Ce n’est pas le préjuger,mais il ne doit y avoir de distinction entre citoyens.Le journalisme,comme toute profession, n’est un système de castes,les journalistes doivent y prêter attention,au risque atténuer l’image de leur profession. Les preuves doivent être exposées à celui qui de droit .Le reste c’est du détail.Questions d’école ( sans arrière pensée) si je me permets : comment peut on sévir de la sorte en persistant et signant sans être inquiété ni par par les victimes ,ni par l’entourage …silencieux et « complice »?? Comment lire dans la presse depuis longtemps les indiscrétions d’un journaliste et ex copain de taille comme Rachid Ninni ( le temps des séparation d’AL MASSAE) ….sans s’inquiéter ou douter ? Comment peut on lier des relations « médiatiques » avec les Khalijis sans être provoquer curiosité? …..On patiente trop chez nous..sages ou indifférents sommes nous? Dieu SAIT ,on ne cherche à enfoncer ou offenser.Merci.

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