Société

Les suicides silencieux au nord du Maroc

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Condamné par l’islam et ignoré par les pouvoirs publics, le suicide se propage parmi les jeunes marocains sans raison apparente.

 

Au sud de Tanger, il y a quelques jours Fatma et Hassan ont enterré  leur fils Youssef. Ils l’ ont fait le soir, discrètement, en présence d’un seul ami de la famille, des Imams et un couple de cousins qui ont aidé à envelopper le corps dans un linceul blanc. Youssef avait 21 ans et s’était pendu avec une corde dans sa chambre.

Selon les préceptes de l’islam, le suicide est interdit car la vie humaine est sacrée et la personne qui se ôte la vie de plein gré commet un grave péché . Par conséquent, ces types d’enterrement sont généralement effectués la nuit avec discrétion. Au Maroc, il n’existe pas de registre national des décès par suicide.

Selon des sources locales, le nombre de suicides dans la région est monté en flèche ces derniers mois, en particulier dans la ville de Chefchaouen. Personne ne trouve d’explication et de nouveaux cas ne cessent d’apparaître dans les médias. Un situation qualifiée de « mystérieuse » par la presse locale.

L’association « Sourire de Reda » qui milite depuis 2009 pour prévenir le suicide des jeunes, affirme avoir enregistré de plus en plus de cas de suicide chez les jeunes .

Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au Maroc, le taux de suicide a doublé au cours de la dernière décennie (sur plus de 800 cas recensés par an, 80% sont des hommes). Le Maroc occupe ainsi la deuxième position dans le monde arabe derrière le Soudan. Les pays voisins, l’Algérie et la Tunisie, ont enregistré 677 et 262 cas l’année dernière.

Les cas les plus significatifs sont enregistrés à Chefchaouen. Selon un article du journal Al Ahdath Al Maghribia publié l’an dernier, 45 personnes s’étaient ôtées la vie dans la ville du nord en 2016. Tous les cas cités l’ont été par pendaison et 130 autres tentatives de suicide ont été  avortées par la famille ou la police.

Il y a quelques jours, dans un village près de Chefchaouen, la police a trouvé un vieil homme pendu à un arbre. Ses proches ont déclaré qu’il suivait un traitement psychiatrique en Espagne. La semaine dernière, deux autres personnes se sont suicidées. Et en mai, à Tanger, quatre personnes se sont également ôtées la vie. La plupart n’ont pas atteint l’âge de 30 ans. Ils ont tous eu recours à la pendaison.

Entre janvier et avril 2018 six personnes se sont pendues dans la ville bleue, dont trois femmes. La plus âgée avait 32 ans. La plus jeune, 20. Durant cette période, à Tanger, dix cas de suicideont été enregistrés, parmi eux un garçon de huit ans. Au début, les médias ont parlé du célèbre « défi de la baleine bleue » qui serait la cause derrière la vague de suicide . Une rumeur qui s’est vite répandue dans tout le pays et que la Direction Générale de la Sécurité Nationale (DGSN) a démentie peu de temps après.

En décembre 2017, en seulement dix jours, il y a eu cinq suicides dans la région. Parmi eux, une fille de 17 ans dans la commune d’Iounane et celui d’une femme mariée de 25 ans. Pendant ce temps-là, à 110 kilomètres de Chefchaouen, dans la ville de Tanger, deux hommes se sont également suicidés, l’un âgé 77 ans et l’autre de 27. Et dans la dernière semaine de l’année 2017, toujours à Chefchaouen, trois nouveaux cas ont été enregistrés parmi eu un garçon de 14 ans qui s’était pendu chez lui.

Aujourd’hui, il n’y a toujours pas d’explication sur les raisons de la multiplication des cas de suicide au nord du Maroc. Un situation étrange que le parti de l’Istiqlal a déjà soulevée au Parlement, demandant au ministère de la Santé et au ministère de l’Intérieur d’apporter des réponses et trouver une solution à ce que beaucoup considèrent déjà comme un nouveau « phénomène » au Maroc.

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