Boycott

#Boycott. Omar Balafrej: « les élections anticipées ne sont pas une solution ».

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Dans cet interview, Omar Balafrej, député FGD (Fédération de la gauche démocratique) évoque le crise sociale et économique causée par la poursuite du #boycott et répond aux accusations de populisme contre son discours à la commission des secteurs productifs au Parlement, qui selon ses détracteurs, n’apporte pas d’alternatives crédibles.

Balafrej expose ses propositions présentées devant le Parlement pour résoudre une crise dont les racines remontent, selon lui au #Hirak déclenché dans le Rif au nord du Maroc. Dans cet entretien, Balafrej donne également son avis sur les appels lancés par des députés parlementaires en vue de dissoudre le gouvernement et le parlement.

Nous aurions souhaité que le gouvernement prenne en compte nos propositions et nous serons les premiers à l’applaudir s’il le faisait car nous ne demandons rien en retour, juste le développement de notre pays.

Le gouvernement parle d’une crise sociale et économique alors que vous préconisez la poursuite du #boycott. Faites-vous du populisme sans proposer d’alternatives?

Premièrement, depuis notre entrée au Parlement, nous nous sommes opposés de manière constructive à deux lois de finances en présentant des alternatives. Malheureusement, ni le gouvernement, ni l’opposition n’ont réagi à nos propositions. Nous ne faisons pas de l’opposition pour de l’opposition mais nous pratiquons une opposition constructive qui présente des solutions. Nous aurions souhaité que le gouvernement prenne en compte nos propositions et nous serons les premiers à l’applaudir s’il le faisait car nous ne demandons rien en retour, juste le développement de notre pays.

Hier, au sein de la commission des secteurs productifs, j’ai posé deux questions qui sont restées sans réponse. La première était de savoir s’il y a eu une baisse de la consommation du lait. La deuxième portait sur les solutions proposées par le gouvernement pour soutenir la capacité de production des autres sociétés et coopératives laitières. Cette question est également restée sans réponse. D’autant plus que la problématique soulevée au sein de la commission concernait les préjudices subis par les petits fermiers.

L’autre point que j’ai évoqué concernait la poursuite du #boycott que j’adopte et que je considère comme un moyen civilisé utilisé par les marocains pour envoyer des signaux sur l’existence d’une crise qui n’a pas commencé aujourd’hui mais depuis 18 mois. La crise a commencé dans le Rif par les protestations menées par des jeunes honorables qui j’espère dirigeront un jour les assemblées locales, provinciales et régionales et représenteront leurs habitants au Parlement car ces jeunes disposent de la compétence et de l’audace requises en politique. Aujourd’hui ces jeunes sont menacés de prison pour de longues années. D’autres marocains ont manifesté dans plusieurs autres régions et ont été incarcérés. Qu’attendons-nous des marocains confrontés à cette crise? De ne pas manifester dans la rue pour éviter la prison? Aujourd’hui, ils ont trouvé le #boycott comme un moyen civilisé pour révéler l’existence d’une crise.

Grâce à ce moyen, les marocains adressent un signal aux gouvernants de ce pays pour trouver des solutions. Il s’agit d’un acte politique que j’adopte et je salue les marocains pour leur attitude civilisée.

Au début de la réunion de la commission, les discussions des députés demeuraient vagues et sans qualité véritable au point que certains somnolaient.

Au début de la réunion de la commission, les discussions des députés demeuraient vagues et sans qualité véritable au point que certains somnolaient. La plupart parlaient du « Plan Maroc Vert ». Mais avons-nous été convoqués à une réunion qui a duré jusqu’à une heure du matin pour parler du « Plan Maroc Vert »? Non, mais parce qu’il y a une crise. Lorsque j’ai intervenu, j’ai parlé de cette crise et j’ai été suivi par les députés de l’Istiqlal et du PPS pour demander des réponses à la résolution de la crise.

Supposons que le #boycott continue et que les prix ne baissent pas. Quoi faire? Disposez-vous d’une feuille de route à ce propos?

Au début, le #boycott a commencé en réaction à la cherté de la vie. Mais plus tard, lorsqu’une société visée par le #boycott a fait des promotions sur ces produits sans que les consommateurs n’y prêtent attention, le #boycott a pris une tournure politique avec une dimension économique et sociale. Voilà pourquoi je considère que nous avons besoin d’une solution radicale pour créer un nouveau climat de confiance, et peu importe l’appellation que prendra cette solution. Par exemple, nous avons proposé un nouveau contrat social que nous avons intitulé « Solidarité équitable entre les générations » et le roi a déclaré au Parlement qu’on devait réformer notre modèle de développement. Mais personne au Parlement n’a proposé la création d’une commission pour discuter de la question. Le gouvernement a mis en place une petite commission pour réformer le modèle de développement sans en déterminer les modalités. Pour réformer ce modèle de développement, nous devons d’abord réfléchir à une nouvelle répartition des richesses et nous avons des propositions à ce sujet. Nous avons parlé de l’impôt sur la fortune et d’un impôt progressif sur l’héritage. Les grandes entreprises doivent contribuer plus car l’Etat a besoin d’argent dans plusieurs secteurs. Par ailleurs, le gouvernement doit revoir ses priorités. Pour moi, la priorité c’est l’éducation qui figure parmi les recommandations du Conseil Supérieur de l’Education et de le Formation (CSEF) et qui nécessite un complément de budget notamment pour la généralisation de l’enseignement primaire, du transport scolaire, la formation continue pour les enseignants et le recrutement de nouveaux car au Maroc, nous avons encore une moyenne d’un enseignant pour 25 élèves alors que la moyenne en Tunisie est un enseignant pour 17 élèves. Nous espérons arriver au moins à la moyenne tunisienne. Pour y parvenir, nous devons recruter 80.000 enseignants ce qui nécessite un énorme budget. Ce sont les propositions que j’ai proposées avec mon camarade Chenaoui pour l’amendement des deux lois de finances sans trouver aucun soutien.

Dans le contexte du #boycott, des voix se lèvent au sein de l’opposition parlementaire pour demander la dissolution du gouvernement et du parlement et l’organisation d’élections anticipées. Partagez-vous cette position?

Jusqu’à présent, nous n’avons pris aucune décision à ce sujet au sein de la FGD.

Mais qu’en pense Omar Balafrej?

Souhaitons-nous organiser de nouvelles élections auxquelles six millions de marocains seulement iront participer? Nous n’aurons apporté aucune vraie solution.

Je suis membre de la FGD et me tiens à ses décisions. Pour moi, le plus important est de créer un climat de confiance sur le plan politique et électoral. Je peux vous dire qu’il existe une discussion au sujet de la Constitution car nous défendons la monarchie parlementaire et durant les élections, il faut adopter l’enregistrement automatique et spontanés des votants dans les listes électorales. Souhaitons-nous organiser de nouvelles élections auxquelles six millions de marocains seulement iront participer? Nous n’aurons apporté aucune vraie solution. Les prochaines élections doivent impliquer au moins vingt millions de personnes qui iront voter. C’est pour ça qu’il faut redonner confiance aux marocains pour qu’ils puissent prendre leur responsabilité dans leurs prochains choix électoraux.

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