Boycott

Le boycott menace-t-il la coalition gouvernementale?

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La campagne de boycott visant trois sociétés commerciales, en signe de protestation contre la vie chère au Maroc, a produit des effets politiques qui menacent la cohésion de la coalition gouvernementale et déstabilise les équilibres politiques, notamment après la diffusion d’informations sur la démission d’un ministre sous la contrainte pour sa position anti-boycott.

La campagne de boycott contre des marques connues continue de produire des effets dans la mesure où la presse marocaine du vendredi 8 juin prédit « une fin tragique » d’un gouvernement « frappé par le séisme » du boycott et prévoit la chute de la coalition menée par le PJD à cause de son « incapacité » à affronter la campagne qui se prolonge depuis six semaines.

Le boycott est le coup de grâce porté à une coalition gouvernementale faible à l’origine.

A ce propos, l’analyste politique Ahmed Bouz a déclaré à l’AFP: « le boycott est le coup de grâce porté à une coalition gouvernementale faible à l’origine ».

La campagne de boycott lancée sur les réseaux sociaux depuis le 20 avril dernier sans avoir de revendicateur, prend pour cible les stations services « Afriquia », les bouteilles d’eaux minérales « Sidi Ali » et les produits de « Centrale Danone », pour faire pression sur ces sociétés qui dominent le marché afin qu’elles baissent leur prix.

De son côté, le gouvernement a, dans un premier temps, menacé de traduire en justice les propagateurs des appels au boycott, ce qui lui a valu une vague de critiques. Ensuite, le gouvernement a tenté de se « réconcilier » avec les boycotteurs et de les convaincre d’arrêter le boycott, spécialement contre le lait pour protéger les intérêts des fermiers et des ouvriers de « Centrale-Danone ».

Mais de nombreux commentateurs sur les réseaux sociaux ont considéré cet appel comme une prise de position en faveur des entreprises et non une pression pour les inciter à baisser les prix.

Une démission inédite.

Les informations faisant état de la démission du ministre des Affaires générales et de la Gouvernance Lahcen Daoudi de son poste mercredi, confirme cette fracture. Selon ces informations, Daoudi a été contraint de présenter sa démission après la vague de commentaires ironiques qui a succédé son apparition dans un sit-in organisé par les ouvriers de « Centrale-Danone » à Rabat demandant l’arrêt du boycott et l’intervention du gouvernement pour protéger leurs emplois.

Cette semaine, la société « Centrale-Danone » prévoit une baisse de 20% de son chiffre d’affaires pour le premier semestre 2018 et annonce le licenciement d’ouvriers liés par des contrats de travail à durée déterminée ainsi que la baisse de l’approvisionnement en lait de 30%.

La démission des ministres constitue un événement rare au Maroc et la presse locale a qualifié Daoudi de « ministre grillé par le boycott » et de « martyr » de la société « Centrale-Danone ». Mais il n’est pas le seul à avoir fait les frais du boycott. Selon le journaliste Abdellah Tourabi : »tous les ministres du PJD sont perçus comme les défenseurs des intérêts d’une poignée de grandes entreprises au lieu de représenter les intérêts de leurs électeurs. »

Le printemps arabe de 2011 a conduit ce parti islamiste modéré à mener le gouvernement après avoir passé plusieurs années dans l’opposition parlementaire. Les islamistes ont réussi à se hisser à la tête de la scène politique lorsqu’ils ont réalisé une large victoire lors des élections de 2016, mais le limogeage de leur leader Abdelilah Benkirane de son poste de Chef de gouvernement a affaibli le parti.

La popularité du PJD a encore pris un coup lorsque Saadeddine El Othmani a accepté les conditions que son prédécesseur avait refusées pour composer la coalition gouvernementale, ce qui remet en cause la cohésion de l’équipe gouvernementale.

Tourabi précise que « la campagne de boycott affaiblit encore plus El Othmani qui lui même est arrivé dans un contexte de crise ».

La polémique sur les conflits d’intérêts.

En contrepartie, le président du RNI, Aziz Akhannouch qualifié par la presse locale d’être proche du palais, se positionne comme l’homme fort de la scène politique depuis qu’il a été élu à la tête de son parti au printemps 2016, qu’il a constitué une alliance formée de quatre partis et qu’il a imposé ses conditions pour la composition du gouvernement.

Jusqu’à récemment, les observateurs y voyaient le prochain chef du gouvernement, mais les effets du boycott ont remis en cause ce scénario. Akhannouch se retrouve à la tête des cibles du boycott en tant que propriétaire de la société Afriquia, et  au centre d’une polémique sur les conflits d’intérêts entre, d’une part l’exercice d’activités commerciales et d’autre part, l’exercice de responsabilités gouvernementales.

Il y a quelques semaines seulement, Akhannouch se préparait à devenir l’alternative au PJD, mais ce scénario ne tient plus aujourd’hui.

L’analyste politique Ahmed Bouz précise: « Il y a quelques semaines seulement, Akhannouch se préparait à devenir l’alternative au PJD, mais ce scénario ne tient plus aujourd’hui ». Tourabi précise à son tour: « son image a été affectée par le boycott ».

La défaite des islamistes était prévue par le PAM créé par le Conseil royal Fouad Ali El Himma en 2009, mais son échec laisse penser les observateurs que ce rôle à été dévolu à Akhannouch.

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