Boycott

Boycott et Hirak: un mécontentement aidé par les médias sociaux

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Des acteurs non-institutionnels, parmi lesquels des cyber-activistes, ont pris au dépourvu les partis politiques et le gouvernement. Le boycott de certains produits et services au Maroc, débuté en avril, est sans précédent.

Une page de boycott affirme: « Le but est d’unir les marocains et de parler d’une seule voix contre les prix élevés, la pauvreté, le chômage, l’injustice, la corruption et le despotisme. »

Les pages Facebook avec plus de 2 millions d’utilisateurs ont soutenu la campagne, qu’aucun groupe politique ou de la société civile n’a revendiqué. Une page de boycott affirme: « Le but est d’unir les Marocains et de parler d’une seule voix contre les prix élevés, la pauvreté, le chômage, l’injustice, la corruption et le despotisme. »

La campagne a ciblé les marques d’eau minérale Sidi Ali et Oulmes, appartenant au groupe Holmarcom détenu par la famille Bensalah, dont Miriem Bensalah-Chaqroun, ex-présidente de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM),

La campagne s’est également concentrée sur les stations-service Afriquia, appartenant au groupe Akwa, dont l’actionnaire principal est Aziz Akhannouch, le puissant ministre de l’agriculture et de la pêche et l’un des hommes du roi Mohammed VI, et Centrale laitière établie au Maroc avant l’indépendance.

Le boycott vise clairement les familles riches et les individus critiqués d’abuser de leur position sociale et politique privilégiée pour obtenir des prix élevés sur les biens ou services qu’ils vendent.

Pour de nombreux Marocains, Holmarcom et Akwa Group sont des symboles d’une alliance entre pouvoir politique et argent, ce qui, selon eux, permet à certaines familles de s’enrichir au détriment des gens ordinaires dans un pays où les différences de richesse sont considérables.

Pour la famille Bensalah, les sources d’eau minérale qu’elle exploite se trouvent dans la région agricole pauvre de Khemisset, où les écoles et les hôpitaux sont souvent rudimentaires.

Le taux de chômage est très élevé et l’accès facile à Internet a sensibilisé les jeunes locaux aux disparités de richesse. La fortune d’Akhannouch est estimée par Forbes à environ 1,82 milliard de dollars. Au-delà de ses intérêts dans des sociétés privées, il a supervisé le portefeuille clé de l’agriculture et de la pêche pendant de nombreuses années. C’est aussi un acteur clé dans les relations du Maroc avec l’Union Européenne.

Des acteurs non-institutionnels, parmi lesquels des cyber-activistes, ont pris au dépourvu les partis politiques et le gouvernement et personne ne sait qui se cache derrière cette campagne. Cependant, comme l’a souligné Transparency International en mai: «Analyser un tel mouvement uniquement en termes de coût de la vie est forcément réducteur. Ce qui est visé ici, c’est toute la gestion d’une économie minée par l’opportunisme, la corruption et la conjonction du pouvoir politique et économique.  »

Il est intéressant de noter que ce mouvement semble être le prolongement logique des manifestations qui secouent la région du nord du Rif autour du port d’Al Hoceima depuis près de deux ans. Ils se sont ensuite étendus à Jerada et à Zagora.

Le 28 octobre 2016, Mouhcine Fikri, un poissonnier de 31 ans, a été écrasé dans un camion à ordures alors qu’il tentait de récupérer du poisson confisqué par un policier. Des émeutes ont éclaté à Al Hoceima et les manifestations se sont étendues à d’autres parties du Maroc mais, après des mois de politique de la carotte et du bâton, le Hirak, a perdu de sa vigueur. Malgré les promesses du gouvernement, les tentatives de réformes économique ou sociale de grande envergure ont été étouffées.

À Jerada, des manifestations ont débuté en décembre contre ce que les habitants ont déclaré être des factures excessives d’eau et d’électricité. Le 22 décembre, les manifestations ont pris de l’ampleur à la suite du décès de deux frères dans une mine de charbon abandonnée.

Creuser du charbon dans les mines est l’un des seuls moyens de gagner sa vie dans une ville dont la population a baissé de 70 000 à 43 000 personnes en 20 ans. La zone est isolée et la fermeture de la frontière avec l’Algérie offre peu d’espoir d’emploi aux habitants.

Le Hirak de Jerada, comme celui d’Al Hoceima un an plus tôt, a largement utilisé les médias sociaux pour mobiliser les manifestants.

L’été dernier, les protestations sur les pénuries d’eau ont attiré de nombreuses personnes dans les rues de Zagora, au sud du Maroc. Ici, comme lors des manifestations à Errachidia, Ouarzazate, Khouribga et Tan-Tan, de nombreuses femmes se sont jointes aux manifestants.

La police ne peut pas simplement réprimer les manifestations par la force, comme elle le faisait il y a dix ans. Les demandes sociales et économiques sont parfois satisfaites de manière fragmentée, mais les causes profondes de la pauvreté ne sont pas abordées.

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) estime que 300  prisonniers politiques ont été arrêtés depuis 2012. A aucun moment les manifestations n’ont représenté une réelle menace pour la monarchie, même dans certains cas, comme au Rif il y a 18 mois lorsque des milliers de manifestants étaient dans les rues.

Aux yeux de ses organisateurs, le boycott présente plusieurs avantages, notamment le fait de nuire aux intérêts économiques de familles puissantes proches du palais. En même temps, les initiateurs restent anonymes, pour éviter d’être des cibles faciles aux représailles du gouvernement et des forces de sécurité.

Le boycott représente une manière plus sophistiquée d’exprimer le mécontentement sur les disparités sociales et les niveaux de pauvreté qui restent une caractéristique du paysage socio-économique marocain.

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Catégories :Boycott, Opinions, Politique, Société

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