Droits humains

Ayouch: « l’Etat a peur des salafistes »

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Manifestation devant le Parlement marocain pour la revendication des libertés individuelles.

Les autorités marocaines ont interdit mercredi une conférence sur les libertés individuelles. C’est ce qu’a annoncé le Président du Collectif Démocratie & Libertés (CDL), Noureddine Ayouch qui envisageait d’organiser l’événement les 22 et 23 juin prochains.

Ayouch a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP): « j’ai reçu une notification annonçant l’interdiction de la conférence », et d’ajouter: « c’est une catastrophe! Le pays régresse. Ils commencent à craindre les salafistes ».

L’annonce du programme du colloque il y a quelques jours a provoqué des réactions hostiles certains milieux conservateurs. En effet, des activistes salafistes ont lancé une campagne sur les médias sociaux demandant l’interdiction du colloque. Les initiateurs de la campagne accusent les organisateurs de la conférence de vouloir « ébranler la foi musulmane », « inciter à la débauche » et « institutionnaliser le droit à l’apostasie ».

Ayouch a signalé que la plupart des personnalités politiques contactées pour assister à l’événement se sont excusées ou rétractées. Le ministre de Justice, Mohamed Aujar a précisé lors de son passage sur l’Invité d’Al Oula : « je ne peux pas participer à une conférence réunissant des personnes qui se réclament de communautés non existantes au Maroc« .

De son côté, le ministre des Droits de l’Homme Mustapha Ramid a déclaré lors d’une interview publiée mardi: « la question de la liberté de conscience constitue une menace à long terme si la sphère des individus et des groupes qui changent de religions s’élargit ».

Le colloque devait accueillir des chercheurs, des activistes et des personnalités politiques de Tunisie, d’Irak, d’Algérie, de France et du Maroc, pour débattre de la liberté de conscience, des droits des minorités confessionnelles et des libertés individuelles dans le monde islamique.

Des intellectuels et des défenseurs des droits humains marocains ont initié depuis des années le débat sur la législation incriminant certaines libertés individuelles. L’intérêt pour le sujet s’est accentué ces derniers temps avec l’émergence de revendications concernant les minorités religieuses.

La sanction concernant la déstabilisation  de la foi musulmane est fixée entre 6 mois et 3 ans de prison. C’est pourquoi, des intellectuels et des défenseurs des droits humains demandent l’abrogation de ce texte. Une demande à laquelle s’opposent les milieux conservateurs, considérant que cette disposition ne concerne que le prosélytisme contre l’Islam, considéré religion d’Etat.

Actuellement, le Parlement marocain discute une réforme globale du code pénal mais le projet présenté par le gouvernement ne contient aucune disposition garantissant les droits revendiqués par les défenseurs des libertés individuelles.

Le projet de loi publié sur le site du ministère de la Justice maintient l’incrimination, de l’homosexualité, le prosélytisme visant les personnes fragiles, la rupture ostentatoire du jeûne pendant le ramadan et les relations sexuelles entre majeurs consentants.

La semaine dernière, des statistiques officielles publiées par le Parquet général révèlent la poursuite de 17280 personnes pour adultère, 197 personnes pour homosexualité et 61 personnes pour avortement illégal.

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